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Portraits de professionnels de l'infodoc

Entretien avec Olivier Roumieux

Après avoir été bibliothécaire à l'école polytechnique, puis journaliste chez Archimag, Olivier Roumieux est aujourd'hui administrateur des sites à la Documentation française. Il a accepté de nous parler de son parcours, de la façon dont il vit son métier, de la "curiosité" qui l'a poussé à explorer diverses facettes du monde de la documentation.

Vous occupez le poste d'administrateur des sites à la Documentation française. Quelle est votre mission dans ce poste  ?

 C'est un poste très large aux fonctions diverses, mais que l'on peut présenter sous plusieurs angles. Le plus important étant certainement la transversalité, puisque mon poste concerne les trois sites que gère la Documentation française : service-public.fr, vie-publique.fr et ladocumentationfrancaise.fr. L'équipe de l'administration des sites, au sein du Département des produits Internet, est chargée d'assurer le suivi et le bon fonctionnement de ces sites. Au quotidien, il s'agit notamment d'en concevoir et publier les pages HTML, sous l'impulsion des chefs de produit. Pour ma part, je suis chargé de certaines fonctions communes aux trois sites, comme les statistiques de fréquentation, le référencement ou encore l'accessibilité. Un autre aspect de mes missions, qui ressort de la gestion de la qualité, consiste à documenter nos procédures et notre activité, notamment au travers de documents de référence et de tableaux de bord. L'objectif étant d'aboutir à une mutualisation des savoir-faire. C'est là un signe de maturité de chercher à mieux (faire) connaître ses propres méthodes de travail.

Enfin, la veille est une composante importante, je centralise les propositions des sociétés du secteur et organise éventuellement des démonstrations. A vrai dire, c'est un poste qui représente bien à mon sens l'évolution du secteur de l'Internet : après les informaticiens et les graphistes, les organismes ont besoin de professionnels qui savent gérer l'information, dans son acception la plus large. Et ma formation de documentaliste n'a pas été pour rien dans mon recrutement.

Si on vous demande quel est votre métier, que répondez-vous ?

 Paradoxalement, c'est peut-être au bout de dix ans de carrière que je ressens toute la difficulté à faire comprendre mon métier à mon entourage. Archiviste, puis bibliothécaire et enfin journaliste et formateur, ces professions relativement bien identifiées du grand public m'avaient permis d'ignorer le désarroi identitaire des documentalistes. On pourrait dire que le poste que j'occupe aujourd'hui est "en construction", comme l'on disait de certains sites au début du Web, dans le paysage socio-professionnel. Pour les amis qui sont dans ma sphère professionnelle, je détaille un peu, je leur explique que je suis un administrateur plus fonctionnel que technique. Pour les autres, je m'en tiens à dire que je travaille dans le domaine de l'Internet, et je parle au moins de service-public.fr si je sens que mon interlocuteur a des chances de connaître.

L'I.D., pour vous, c'est une vocation, une passion ?

  Une vocation certainement pas, ou tout du moins sous sa forme explicite. Quand je suis entré à l'INTD, comme beaucoup de mes camarades, je pensais que c'était un débouché naturel après des études littéraires. C'est lorsque j'ai vu les offres d'emploi dans les secteurs économique et juridique que j'ai compris la diversité du métier. Une passion, cela me semble également un peu fort, même si avec du recul on peut regarder son début de parcours et en apprécier une certaine cohérence...

J'aime bien ainsi tourner autour de l'idée de l'accès : donner accès ou accéder à des gisements d'information. Et sur ce plan, l'Internet a été un formidable catalyseur. Je me souviens de la fascination avec laquelle j'ai entendu parler pour la première fois des réseaux mondiaux au début des années quatre-vingt-dix. La découverte de l'Internet fut pour moi un véritable déclic en 1994 et je pense qu'elle a influencé toute ma carrière depuis. Dès 1996, je consacrais ainsi mon mémoire de DESS à l'Impact de l'Internet sur la profession de bibliothécaire (http://roumieux.com/impact). Aujourd'hui, nous vivons une situation totalement schizophrénique  : d'un côté, la formidable "extension du domaine de l'information" provoquée par l'Internet, et de l'autre, les tentatives des éditeurs de verrouiller les accès. Les réseaux de peer-to-peer sont en train de constituer la plus gigantesque bibliothèque multimédia au monde, sans grand respect des droits de propriété actuels, tandis que certains disques que vous achetez dûment ne sont pas lisibles sur votre auto-radio. C'est là où l'on se dit qu'il est de plus en plus vital de préserver et développer une forme de service public de l'information, notamment au travers des bibliothèques. Et cet enjeu est passionnant, pour reprendre l'un des termes de votre question.

Quelle formation avez-vous suivie, avec quels bénéfices et quels regrets  ?

 Après une maîtrise d'histoire médiévale, j'ai suivi l'INTD en 1992-93, puis un DESS intitulé "Médias électroniques interactifs" (Paris 8) en 1995 et 1996, alors que je travaillais déjà comme bibliothécaire. J'ai le souvenir de ces deux formations comme des années vraiment foisonnantes, où l'on a l'impression d'apprendre beaucoup, de "s'en mettre plein la lampe", j'ai envie de dire. Evidemment, on rôle toujours sur le coup : sur l'organisation, le manque de moyens ou la composition des programmes.

S'agissant du DESS MEI, son cursus nous semblait à l'époque assez théorique et ses débouchés plus qu'incertains. Un des responsables de l'équipe pédagogique nous incitait à nous forger notre propre "grille de lecture" pour mieux appréhender les bouleversements des technologies de l'information. J'ai l'impression que je traîne toujours cette idée de grille - et que je m'en sers - depuis toutes ces années. Encore une compétence bien précieuse mais difficilement négociable sur le marché du travail !

Parlez-nous des premiers postes que vous avez occupés...

  Hormis lors de stages, je n'ai jamais exercé en tant que documentaliste au sens strict du terme. J'ai fait mon entrée parmi les professionnels de l'information en tant qu'archiviste, à l'Ecole polytechnique lors de mon service militaire. Puis j'y suis resté mais j'ai alors été embauché comme bibliothécaire. Je m'y occupais des secteurs relatifs à la chimie, la biologie, la géologie et la médecine. Autant vous dire qu'avec ma maîtrise d'histoire en poche, je faisais parfois une drôle de tête devant certains livres à cataloguer. En revanche, je m'occupais également du réseau de cédéroms et du développement de l'Internet à la bibliothèque. Je me suis régalé car on m'a laissé le temps d'apprendre beaucoup par moi-même. C'est également là-bas que j'ai appris à commercer avec une ethnie particulière mais bien précieuse pour les professionnels de l'information : celle des informaticiens !

Je suis ensuite entré à Archimag comme journaliste. J'ai pu alors forger et ciseler la fameuse "grille de lecture". J'y ai vécu cinq années capitales pour les professionnels de l'information  : celles de la diffusion de l'Internet et de ses conséquences métiers, puis de la folie de la "nouvelle économie". C'est assez exaltant de suivre l'actualité de l'Internet et des métiers en observateur, de se permettre des rapprochements, des comparaisons, de dégager des tendances. Sans compter que question reconnaissance, rien ne vaut la profession de journaliste. Parallèlement, j'animais des sessions de formations (particulièrement sur l'Internet) pour la Serda. Les deux activités se sont avéré relativement complémentaires  : le journaliste formule des tendances et le formateur les vérifie auprès de professionnels en exercice. Pourtant, vient un moment où l'on a envie de recoller au terrain, de replonger dans des projets.

Quelles sont les qualités personnelles qui vous servent le mieux dans l'exercice de votre métier ?

 Sans conteste la curiosité. Si l'on est amené à exercer un tant soi peu des fonctions de veille, je pense que cette qualité est indispensable. Je suis d'ailleurs parfois surpris de l'indifférence de certains professionnels, qui se contentent d'assumer honorablement leurs fonctions documentaires. Le goût du dialogue me semble également important, que l'on soit amené à écouter un utilisateur ou bien à vulgariser certains concepts. Vient enfin la rigueur, et dans ce domaine je pense que le latin, le DOS et le catalogage sont très formateurs !

Et si c'était à refaire ?

  Drôle de question. Qui vivra verra, comme on dit. Mais je pense que si j'avais la chance de vivre plusieurs carrières consécutives, et d'en avoir les compétences, ce qui est encore autre chose, j'essaierai bien des activités plus créatives, comme maquettiste ou infographiste. J'ai toujours été attiré par la mise en forme des informations.

Propos recueillis par Sylvaine Garderet en septembre 2003